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                                                                     le blues










Le Blues, c'est une musique avec des mots. II y a bien longtemps, ce furent d'abord les mots des planteurs de coton dans le sud des Etats Unis, loin de leur Afrique lointaine. Les mots ensulte des poseurs de rail, puis il y a 100 ans, au moment de la révolution industrielle, ceux des travailleurs des grandes villes du Nord du Mississippi.


à PROPOS du BLUES

   Le Blues raconte la vie, celle de tous les jours, avec les petits et les grands moments. II évoque les peines, souvent avec humour, les joies, la chaleur des moments passés ensemble autour d'un verre, les rapports entre les femmes et les hommes. Depuis, le Blues a fait son chemin. II est devenu une musique universelle, interprétée par des Européens qui reprennent des standards mais composent aussi des textes actuels ; et des Africains qui ont retrouvé leurs racines en utillsant les instruments traditionnels. C'est ainsi, dans la meilleure acceptation du terme, une musique profondement populaire. 

   Dans cet esprit, le Festival "Blues sur Seine", souhaite, depuis sa création en 1999, rassembler le plus grand nombre. La musique envahit tous les lieux, les salles de concert bien sûr, mais aussi les établissements scolaires, les bibliothèques et librairies, les centres culturels, les maisons de retraite, l'hopital, les entreprises, les bars..

   Blues sur Seine" se veut pluridisciplinaire. Un concours d'écriture de nouvelles a été organisé sur le plan national et les deux vainqueurs ont été publiés et distribués sur les lieux de concert et les etablissements scolaires. Un Tremplin "Nouveaux Talents" est organisé. Les huit finalistes se retrouveront sur un CD promotionnel, et la meilleure création en francais recompensée par un prix spécial. 

"The Blues is still alive"      Jean Guillermo, Fondateur du festival






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   « Le blues a une signification différente pour chaque artiste. Ça veut dire que pour moi il signifie une chose et pour un autre type quelque chose d'autre, mais ça vient toujours de la vie que vous avez menée et des expériences que vous avez eues. Une grande partie vient de la tristesse, de la solitude, des trucs comme ça. Quand la personne avec qui vous vivez vous fait un sale coup, par exemple.
   Ça vient surtout des mauvais traitements que vous avez connus dans votre vie. Et il faut regarder la réalité en face. Du plus loin que je me souvienne, le Noir a toujours été maltraité. Et ça suffit pour expliquer la naissance du blues. »
-BIG DADDY KINSE
 














 
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   C'est le piano qui est venu en premier, mais la guitare vient juste après. Si vous prenez les années 30, et jusque dans les années 40, les pianistes faisaient la vie dure aux guitaristes. C'étaient pas les bons guitaristes qui manquaient, pourtant. Mais ils gagnaient mal leur vie. Le piano, ça rapportait plus, parce qu'il y avait beaucoup de bars à piano, de bastringues. Le piano sonnait fort. On n'avait pas besoin d'amplificateurs, de trucs comme ça. Et c'était commode pour les guitaristes.

   Mais, dès le début des années 40, quand les guitares électriques se sont répandues avec leurs amplis, ce sont les pianistes qui ont commencé à avoir la vie dure! Parce que le piano, ça ne se transporte pas facilement [ ... ] Alors qu'avec votre guitare et votre ampli, vous pouvez aller partout où sont les gens.
  Vous voyez, quand ils ont électrifié les guitares, ce fut un grand pas en avant. Ça se passait en 1931. Elles sont sorties à ce moment-là. Mais on ne pouvait pas s'en procurer, elles étaient hors de prix. Pour la plupart des Noirs, il n'y avait pas de travail.
  La Dépression se faisait encore sentir. On n'avait pas d'argent. Les seuls qui avaient des guitares électriques, c'étaient les grands propriétaires terriens, les Blancs qui envoyaient leurs gosses à l'école et leur achetaient ce qu'ils voulaient. Ils avaient tous des guitares électriques, Moi, j'ai pas eu la mienne avant les années 40. C'était une Nashville, une grosse guitare de studio, et je jouais dans Franklin Street, là-bas à St. Louis. On se retrouvait tous dans une petite rue, et j'ai posé, un matin, ma guitare dans un coin, pour regarder les joueurs de dés et faire comme eux. J'ai pas fait gaffe à la guitare, et quand j'ai tourné la tête, elle était plus là ... Quelqu'un me l'avait piquée.

HONEYBOY EDWARDS


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Le blues c'est le blues.

Prenez un pauvre vieux qui n'a jamais eu de chance dans sa vie et tout, il a le blues de la déveine.

Beaucoup de gens ont le blues sans le savoir.

Ils ne prennent pas le temps de se demander ce que ça signifie.

-JAY MC SHANN


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    La plus grosse erreur des gens sur le blues, c'est de croire qu'il s'agit d'une musique facile. C'est la musique la plus difficile du monde, parce qu'elle est toute en feeling, elle n'est pas dans les notes. Vous pouvez vous inscrire au conservatoire pour apprendre la guitare, vous pouvez jouer du fusion, du jazz, ou éplucher toutes les partitions que vous voudrez, vous pouvez jouer dans l'orchestre de Dac Severinson, mais pour le blues ça ne marche pas.

-JOE LOUIS WALKER


   Le blues est la base de tout. La racine. Tout le reste de la musique contient un peu de blues, parce que c'est l'origine de tout. Le blues existe depuis que le monde est monde. Dès qu'il y a eu des hommes et des femmes qui s'aimaient et qui se déchiraient. il y a eu le blues. Les peines de c½ur, les maux de toutes sortes, la douleur, les ennuis, les désillusions, l'argent. pas d'argent. la dèche, tout ça c'est des raisons d'avoir le blues, qu'on soit riche ou pauvre ou de n'importe quelle couleur.
   Le blues est porteur de plus de messages que n'importe quoi d'autre. Il a beau être plus spectaculaire aujourd'hui, c'est la même chose que dans le passé. Il a des hauts et des bas, mais il ne meurt jamais. Et à notre époque, le monde entier sait de quoi il retourne.

John Lee Hooker




   Voyez-vous, ce que c'est, le blues, c'est quand quelqu'un est tracassé par une chose, il a le blues s'il est pas capable de s'en débarrasser en la chantant. Votre vieille compagne vous a quitté, vous avez le blues. Si vous êtes pas capable de transformer . ça en musIque, vous pouvez pas vous l'enlever de la tête, comme qui dirait.
   Voilà, c'est ça le blues.
-PINETOP PERKINS












   Il y en a qui disent que le blues n'est rien d'autre qu'une femme qui a envie de voir son homme, que le blues n'est rien d'autre qu'un homme qui a envie de voir sa bonne femme, mais ce n'est pas que ça.
   Le blues, c'est ce que vous ressentez quand vous ne pouvez pas avoir quoi que ce soit d'autre.
 -RUFUS THOMAS


   Mes blues ne cherchent pas à rendre les gens tristes. Ma musique cherche à les secouer, à leur communiquer de l'énergie, à les faire vibrer au rythme de ce que je chante.


 



Qu'ils se payent une tranche de bon temps, ne serait-ce que le soir où ils viennent m'écouter.







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   Lorsque les chants, les musiques et les langues des terres africaines razziées par les marchands d'esclaves, mais coupés de leur fonction rituelle, sociale et culturelle, fragmentés par l'oubli, déformés par l'interdit et le refoulement, rencontrent les sons, danses, chants et musiques des terres américaines, langues anglaise, française, allemande, berceuses, comptines, hymnes, chansons et ballades, gavotte, valse quadrille ou polka, les ½uvres classiques ou populaires du répertoire orchestral européen, commence la lente genèse du blues, musique qui n'a pas vraiment d'origine, mais qui, moyen de communication, de reconnaissance et d'ascension sociale, comme l'atvolteste la plus-value donnée aux musiciens dans les ventes d'esclaves, signe l'inscription du Noir dans sa nouvelle société.
 
    Viennent d'abord : les chants de travail, les cris et les appels, qui rythment le labeur aux champs ou sur les chantiers ; les mélopées, les fredonnements ou les « petits airs » que remarque Thomas Jefferson en 1786 dans ses Notes on Virginia ; le violon, qui distrait et fait danser les maîtres et qui, joint au banjo et aux morceaux de bois ou d'os qui remplacent les tambours interdits par le « Code noir », enchante aussi les esclaves ; les chants religieux, empruntés pour l'essentiel à la liturgie protestante... d'où naissent, avec le minstrel show, d'abord composé de Blancs à face noircie (1843), puis de Noirs (Georgia Minstrels, 1865), le spiritual - dont la première manifestation organisée sera la mise sur pied, le 6 octobre 1871, de la tournée des Fisk University Jubilee Singers -, le jazz et enfin le blues, né sans doute entre 1865 et 1870, c'est-à-dire après la guerre de Sécession, après l'abolition de l'esclavage.
    Descendant de l'art du griot, du conteur d'Afrique, évoquant la figure du trobar, le troubadour de la Provence des XIIe et XIIIe siècles, le blues est là dès que le Noir se parle à lui-même, mais il ne pouvait trouver sa forme et son espace qu'à partir de l'identité de ses inventeurs. Esclave, le Noir est sans nom, ne s'appartient pas. Libre, et bien que sa condition n'en soit souvent nullement améliorée, il peut chanter en son nom, chanteur qui exprime un groupe dont il est en même temps l'expression. Ainsi peut-il raconter son histoire et l'histoire de son peuple, créer mythes et poèmes, dire ce qu'il vit, et parler d'amour, l'amour de la femme comme celui de la langue, amour gourmand dont dépend l'humour. Car le blues, enfanté dans la douleur, ne peut exister que dans la liberté du sujet.
 
    L'origine du mot lui-même est indécise (to be blue, broyer du noir, ou blue devils, improbables lutins ou feux follets venus d'une ballade irlandaise) et lointaine (début du XIXe s.), tandis que ses acceptions sont aussi variées qu'imbriquées.
 
    Terme générique qui caractérise et recouvre une forme capitale de la musique américaine, elle-même définie par des critères musicaux, historiques, psychologiques, sociologiques... qui la contiennent mais qu'elle ne cesse d'excéder, le blues se définit comme une sensation, un sentiment de soi habituellement traduit par cafard, passé dans ce sens dans la langue (« j'ai le blues »), et auquel correspond assez bien le spleen des poètes (Vigny, Baudelaire). Il est ainsi une sensibilité, une émotion expressive (feeling) qui passent dans le jeu, dans le chant, et sans lesquelles il ne se passe rien. Et il est l'impalpable densité qui donne corps à la musique, transcende les styles et les races et rend accessible à tous ce qu'il raconte.
 
    Il est donc un texte, tissé de la mémoire d'un peuple, de ses légendes (John Henry, Stack o Lee) et de sa vie quotidienne, blues que hante la femme et que traversent, du spirituel au trivial, de l'obscène au sublime, le charançon du coton et le contremaître sans pitié, les pénitenciers et les inondations, la mule fatiguée et les chiens dressés pour la chasse au nègre, les incendies et les voyages, l'alcool et la maladie, les jeux, les juges et les shérifs, la prison et la sécheresse, les fleuves, le feu et le ciel, la guerre, la boxe et les présidents des États-Unis... Conteurs, chanteurs et musiciens ont constitué une tradition orale dont ils ont assuré la transmission dans une improvisation constante.
 
    Par sa répétition infinie, l'homme s'interroge sur lui-même dans cet état d'âme, d'esprit et d'humour que créent le doute de soi et la proximité sue, connue de la mort. Catharsis, le blues s'en fait la résolution, projetant avec les moyens du bord une vision du monde, une philosophie qui le rend au moins provisoirement possible et qui inscrit la solitude dans l'universel. Langue vernaculaire, qui parle l'opacité et l'invisibilité du corps noir, en exhibe et en cache (double entendre) la sexualité, sa création fut une forme de survie, sublimation par laquelle ses créateurs se sont imposés dans la culture de notre monde, tandis qu'il reste le seul lieu d'identité du Noir américain.

    Structure harmonique          
 
    Essentiellement vocal, le blues se déroule selon un schéma AAB :
A : Woke up this morning, blues around my bed, A : Woke up this morning, blues around my bed, B : Went for my breakfast, blues was in my bread.
 
    La mélodie compte bien moins que les paroles qu'elle soutient ; le blues est une structure de douze mesures, comportant trois phrases de quatre mesures, s'organisant autour de trois accords (tonique, sous-dominante, dominante) et marqué par l'altération des troisième et septième degrés de la gamme diatonique (blue notes auxquelles s'ajoutera celle de la quinte), dont l'origine est parfois rapportée aux gammes pentatoniques africaines.
 
    Il existe plusieurs gammes de blues, que Philippe Baudoin présente ainsi dans Jazz mode d'emploi  (cf. figure).

               gamme de blues                                                  
    Cependant, chanté, prêché et parlé, joué en majeur, mais aussi en mineur, sur tous les tempos, du lent au rapide, instrument (guitare, surtout, et piano) à l'unisson, en soutien, en contrepoint ou qui relaie, remplace, continue la voix, le blues peut être à huit ou à seize mesures et, dans son déroulement, ne pas respecter du tout les douze mesures, chaque musicien gardant la liberté de suivre sa propre métrique, de choisir sa progression d'accords et de modifier les paroles, imposant son rythme, son invention, ses sentiments et ses affects à un blues qui trouve sa vie et son originalité dans l'interprétation plus ou moins improvisée dont il est l'objet.
    Codifié par W. C. Handy, qui fut un des premiers à noter sur le papier ce trésor d'invention populaire, le blues partage avec le jazz sa gamme et ses blue notes, comme on peut l'entendre, écoute indispensable à qui veut réellement le sentir et le comprendre, dans les enregistrements de tous les musiciens de jazz, qu'ils jouent le blues ou s'en inspirent, imprimant au besoin ou à l'envi son climat à n'importe quel thème ou morceau, qu'il soit ou non un blues.
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